Évadés

Les grands protagonistes du projet “Poursuivis et sauvés” sont, sans doute, les évadés à travers les Pyrénées de Lleida pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ci-après, à titre d’exemple, voici un résumé de l’histoire personnelle de quelques-uns des réfugiés et de leurs familles.

La família Bielinsky

Françoise (Paquita) Bielinsky amb la seva mare, Esther Guita.  © Arxiu Paquita Sitzer (Bielinsky).

Françoise (Paquita) Bielinsky amb la seva mare, Esther Guita.
© Arxiu Paquita Sitzer (Bielinsky).

Avraham Bielinsky, tailleur de profession, s’était  installé en Allemagne en 1929 avec son épouse Esther Guita. Tous deux étaient originaires de Pologne. En 1932 naquit leur fils Reinhold. Par suite de l’antisémitisme qui se vivait dans l’Allemagne des années trente, spécialement après l’ascension au pouvoir d’Adolph Hitler, la famille décida d’abandonner le pays et de s’établir à Paris où naquit leur deuxième enfant, Françoise.

L’arrivée de l’armée allemande à Paris en juin 1940 provoqua un nouveau sursaut dans la vie de cette famille. Bientôt le gouvernement de Vichy, présidé par Pétain, commença la persécution des juifs. Avraham fut arrêté et interné dans un camp d’étrangers près de Paris. Par chance il put s’en échapper et se réfugier avec sa famille au sud du pays, dans la zone non occupée par les nazis. Une fois installés à Pau (Pyrénées Atlantiques) Avraham trouva du travail dans une usine textile propriété de Victor Masplé-Somps. En  ctobre 1942, face à  l’imminente arrivée des allemands dans les départements du sud de la France, on organisa leur évasion vers  l’Espagne. Victor Masplé-Somps leur obtient des passeport pour pouvoir se rendre aux Honduras. Les Bielinsky abandonnèrent Pau en direction à Luchon. De cette ville, à  l’épicentre des Pyrénées, ils devaient entreprendre la dernière partie de l’évasion qui les conduirait en Espagne où ils avaient prévu d’embarquer pour le continent américain.

Ils abandonnèrent Luchon pour aller à Juzet de Luchon et, ensuite, marchèrent  des heures jusqu’à traverser les Pyrénées par la Passada de Tres Corets et descendre jusqu’au premier village espagnol, Les, dans le Val d’Aran. Là-bas, ils furent arrêtés par la Garde Civile et mis à la disposition de la Police. L’agent de police  consulta le Gouverneur Civil pour savoir comment procéder avec les prisonniers, c’est-à-dire s’il devait les expulser vers la France ou accepter leur passage en Espagne. Tandis que  l’on attendait cette décision, qui dans de nombreux cas devenait dramatique car les réfugiés juifs étaient obligés de retourner en France, les Bielinsky obtinrent que quelqu’un signa leurs passeports et arrivèrent le 13 janvier 1943 à Vigo d’où ils partirent vers le Vénézuela, pays qui les reçut le 13 février de cette année-là.

Paquita Bielinsky, agost de 2012. © Mireia Boya.

Paquita Bielinsky, agost de 2012.
© Mireia Boya.

Tandis que la famillle Bielinsky s’établissait au Venezuela, loin de la barbarie et de la persécusion, Victor Masplé-Somps, l’homme qui les avait protégés à Pau, était arrêté par la Gestapo et déporté au camp de concentration de Sachsenhausen où il mourrait le 15 février 1945.

Ce ne sera qu’en 2012 que Françoise Bielinsky, du nom de femme mariée, Paquita Sitzer, découvrit le point exact par lequel elle avait pu, avec sa famille, échapper aux nazis. Un an après, en août 2013 et coïncidant avec son 75e anniversaire, elle retourna à Les où elle fut l’objet d’un chaleureux hommage de la part de ses voisins et où elle remercia Les et ses habitants pour leur contribution à ce que des dizaines de familles juives aient pu s’échapper de l’Europe occupée par les nazis.

Font. Mireia Boya

La famille Henle

La famille Henle, originaire de Belgique, faisait partie d’un groupe de juifs que le gouvernement de Vichy avait concentrés à Aulus-les-Bains (Ariège) au printemps 1942. Elle était formée du père (Hans), de la mère (Laura), d’un bébé de sept mois (Claude) et de la grand-mère maternelle (Meta, de 77 ans). Après avoir vu des razzias successives dont avaient souffert beaucoup de leurs compagnons à Aulus et par crainte d’être déportés dans un camp d’extermination, ils décidèrent de fuir vers l’Espagne. C’était la mi-décembre 1942 et les Allemands s’étaient déjà installés en Ariège surveillant tous les lieux frontaliers pour éviter les évasionss et poursuivant aussi bien ceux qui voulaient abandonner la France que ceux, et plus spécialement, qui les aidaient en qualité de guide.

Claude Henle i Jeanne Rogalle. © Josep Calvet.

Claude Henle i Jeanne Rogalle. © Josep Calvet.

Les Henle profitèrent de la collaboration de Jean Pierre Agouau et de sa fillle de dix-huit ans, Jeanne. Tous deux connaissaient très bien les routes de montagne qui communiquaient l’Ariège avec le Pallars Sobirà puisqu’ils y gardaient des troupeaux de brebis pendant une bonne partie de l’année. Malgré la situation tendue à Aulus après l’arrivée des Allemands, Agouau, dans un geste de courage et de solidarité, décida de conduire un groupe de neuf personnes parmi lesquelles cette famille, jusqu’au col de Guiló, juste à la limite entre la France et l’Espagne.

Le trajet fut particulièrement dur. La neige couvrait tout l’itinéraire, Laura marchait avec une grande difficulté à cause de la fatigue et du froid. Différents incidents se produisirent sur le chemin.  La guide improvisée dut porter le bébé pour décharger la mère et la grand-mère souffrit un accident dans la descente et on ne la retrouva que deux jours après cachée dans une grotte. Ils étaient à peine passés sur le territoire espagnol que la famillle Henle fut arrêtée par un couple de Gardes Civils et conduite à Tavascan. Quelques jours plus tard, ils furent  internés à Sort puis déplacés à Lleida. Tandis que Hans était conduit au camp de concentration de Miranda de Ebro, le reste de la famille fut autorisée à déménager vers Madrid où ils espéraient être libérés. Ce ne fut qu’en mars 1944 qu’ils abandonnèrent l’Espagne pour le Canada où ils s’installèrent définitivement.

En 2004 eut lieu la rencontre entre Claude Henle et Jeanne Rogalle, sauvé et salvatrice. Le village d’Aulus-les-Bains acueillit cette émouvante cérémonie au cours de laquelllle Rogalle fut décorée de la Médaille des Justes de la part du gouvernement d’Israël et de la Légion d’Honneur française.

Perla Kapelman

Perla Kapelman naquit le 20 mai 1922 en Pologne. Un an après, ses parents émigrèrent en France et s’établirent à Paris. Lorsqu’éclata la Seconde Guerre Mondiale, son père s’insrivit volontaire dans l’armée française. Après la capitulation française et la signature de l’armistice franco-allemand, la famille se trouva piégée à Paris. Entre les 16 et 17 juillletl 1942 eu lieu la razzia la plus importante qui ait eu lieu en France contre les juifs, connue sous  le nom de “razzia du Vélodrome d’Hiver” Il y eut un total de 12.884 juifs arrêtés. Les conditions de la détention furent particulilèrement dramatiques car on y sépara des familles dont beaucoup ne furent plus jamais réunies. Les prisonniers furent conduits au camp de Drancy et déportés aux camps d’extermination allemands.

La nuit du 15 au 16 de juillet Perla, en vacances scolaires, dormait chez une voisine. C’est ainsi qu’elle échappa à la razzia. Quand elle rentra chez elle l’appartement était vide et ses parents avaient été arrêtés. Quelques jours plus tard, Perla réussit à fuir Paris et à se déplacer en chemin de fer jusqu’à Dax d’où un guide l’aida à traverser la zone libre. Après l’occupation de la France libre par les Allemands, le 11 novembre, Perla décida de fuir le pays. Avec un ami belge et l’aide d’un guide, elle traversa les Pyrénées vers l’Espagne. Après des jours de marche elle arriva au Val d’Aran. Emprisonnée à la prison de Vielha elle fut transférée à  Sort. C’était le 23 décembre 1942 et elle passa la nuit à la prison des femmes. Le lendemain elle fut transférée à Lleida.

Le 28 décembre elle arriva à Barcelone avec l’ American Joint. Elle séjourna treize mois dans la villle Comtale. Le 18 janvier 1944 elle partit vers la Palestine du port de Cadix. Au bout de huit jours de traversée sur la Méditerranée elle arriva au port de Haifa.

Elias Zomerplaag

Elias Zomerplaag, né en 1925, résidait à Anvers (Belgique) avec ses parents et sa soeur. Le 10 mai 1940 ils furent réveillés par un bombardement allemand. Cinq jours plus tard ils fuyèrent vers la France. À Caen  (Calvados) le père tenta de partir vers l’Angleterre en bateau mais cela lne fut pas possible. Après Caen ils prirent un tren de marchandises qui les mena vers le sud arrivant, après bien des agitations, au château de  Lafourguette (Haute-Garonne) où ils rejoignirent un nombreux groupe de juifs hollandais. Ils restèrent là-bas jusqu’en juin 1942 lorsque le gouvernement de Vichy ordonna qu’ils soient menés en résidence surveilllée, au villlage d’Aulus-les-Bains (Ariège). Elias s’employa à tailler du bois dans la forêt et comme plongeur dans un hôtel. En novembre, après l’arrivée au village des troupes allemandes, ses parents pensèrent qu’étant donné son âge (17ans) il serait o bligé de travailler pour les Allemands. C’est alors qu’ils l’encouragèrent à traverser les Pyrénées vers l’Espagne. C’était début décembre et il fit partie d’une expédition de douze juifs de plus. Les passeurs les conduisirent jusqu’au col de Guiló et leur indiquèrent le chemin pour arriver à Tavascan. Quand ils descendaient aux environs des étangs Romedo ils furent arrêtés par un couple de Gardes Civils qui les menèrent à Tavascan où ils arrivèrent le 6 décembre. Après avoir séjourné quelques jours dans le village, logés dans un local aménagé par la Garde Civile ils furent transférés à la prison de Sort. Quelques jours plus tard Elias fut conduit à la prison de Tremp et plus tard à celles de Lleida et Saragosse avant d’arriver au camp de concentration de Miranda de Ebro où il resta jusqu’en juin 1943. Un fois libéré son consulat réussit à le faire partir du port de Vigo vers la Jamaïque et de là, aux Antilles hollandaises.

Le reste de la famille tenta de passer en Espagne dans une expéditiion postérieure qui fut découverte par les Allemands. Déportés au camp de Drancy, dans la banlieue parisienne, la mère réussit à prouver, avec des papiers, que ses  origines n’étaient pas juives et put être libérée avec sa fille Betty. Par contre le père fut envoyé à l’île d’Alderney où il devait chercher les bombes qui n’avaient pas explosé sur les plages. Après le débarquement allié en Normandie il fut déporté en Allemagne mais il réussit à s’échapper en sautant du train qui l’y conduisait et c’est ainsi qu’il survécut. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale  les Zomerplaag s’établirent à nouveau dans la ville  d’Anvers où Elias mourut en2013.

Volf Slomovics

À  la mi-avril 1944 Volf Slomovics arriva à Sort. Il s’agissait d’un juif d’origine polonaise qui vivait à Paris lorsqu’éclata la Seconde Guerre Mondiale. Il avait été arrêté avec quatorze autres personnes par une équipe de la Garde Civile des frontières  d’Alós d’Isil. Peu de jours après il fut transféré à Lleida par le Joint.  Son séjour à Lleida dura quasiment un mois jusqu’à ce qu’il soit autorisé à résider à Barcelone.

En arrivant à la Ville Comtale il manifesta avoir perdu tout contact avec le reste de sa famille. Son épouse Carlota, du nom de jeune fille Plesman et leurs deux enfants Berthe et Maurice  (Paris, 19-1-1938) de quatre ans, Gisèle de trois ans (París, 25-7-1939) et Ernest de seulement cinq mois (París, 11-4-1942) furent déportés au camp d’extermination d’Auschwitz dans le convoi num. 37 qui sortit le 25 septembre 1942 du camp de Drancy. Ils faisaient partie de ce convoi composé principalemente de juifs d’origine roumaine dont la plupart vivaient en France.

Volf abandonna l’Europe de l’horreur et la barbarie le 26 octobre 1944 à bord du vaisseau portugais  “Guiné” qui partit du port de Cadix en direction à Haifa.

Israel Lewiner

Israel Lewiner naquit le 8 mars 1905 en Pologne. Il était marié avec  Laja Lewiner (14-12-1903). Le couple résidait à Paris où était nés leurs deux enfants, Marie le 10-7-1930 et Maurice le 30-10-1932. On a perdu la trace de Laja à son dernier domicile connu, l’hôtel Mirador de Nice. Leurs deux enfants étaient restés sous la protection des réseaux de Moussa Abadi et d’Odette Rosentock qui constituaient l’un des principaux circuits de sauvetage d’enfants juifs au sud de la France. Grâce à l’aide de différentes personnes, ils réussirent à sauver, entre 1943 et 1945,  plus de cinq cents jeunes juifs dans le département des Alpes-Maritimes.

Israel réussit à traverser les Pyrénées pour se réfugier en Espagne. Le 7 mars 1944 il fut arrêté par la Garde Civile d’Alós d’Isil en même temps qu’un groupe de jeunes sionistes hollandais. Transféré à Sort, il fut logé à l’Hotel Pessets. Quelques jours plus tard, il alla à Barcelone où il résida dans diverses pensions du Joint. Israel mourut le 21 juillet 1945. Son fils Maurice, continua à vivre en France à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Membre fondateur des jeunesses du Parti Communiste Français, après avoir travaillé à diverses occupations il devint le directeur commercial du journal “l’Humanité” et mourut à Paris le 16 août 1994.

Edmond i Madeleine Vermes

Ce couple, né en Hongrie en 1900 vivait à Vienne (Autriche) où Edmond était un prestigieux médecin. En 1938, après l’incorporation de l’Autriche à l’Allemagne nazie et, face à la persécution des juifs, ils décidèrent de fuir en France et s’établirent à Paris.

En 1940, après avoir vu l’arrivée de l’armée allemande dans la capitale française, ils décidèrent de déménager dans le sud afin de trouver un endroit tranquille loin de la persécution. Au printemps 1942 ils furent concentrés par le gouvernement de Vichy avec un nombreux groupe de juifs, à Aulus-les-Bains. En juillet de cette année-là ils eurent un choc en étant témoins de la razzia à laquelle furent soumis des dizaines de juifs hébergés dans cette petite localité du département de  l’Ariège. La cruauté avec laquelle les familles furent obligées d’abandonner leur logement pour être conduites au camp d’internement de Drancy, près de Paris avant leur déportation aux camps d’extermination de Pologne, fit une grande impression sur le couple.

Ils prirent immédiatement la décision d’abandonner clandestinement la région et se cachèrent à Toulouse de Languedoc. Leur  objectif était d’arriver sur la Péninsule Ibérique pour partir ensuite , en Amérique. À Toulouse ils établirent un contrrat pour les services d’un guide qui leur fournit de faux papiers et les conduisit à la Principauté d’Andorre. Après avoir traversé le territoire d’Andorre où ils s’étaient reposés quelques jours, ils réussirent à rejoindre la Seu de Urgell,  première ville espagnole une fois passée la frontière le 4 novembre 1942 et se présentèrent volontairement au Commissariat de Police. Après plusieurs jours de marche dans la montagne sans un équipement adéquat et souffrant des inclémences métérologiques, Edmond et Madelaine se sentirent épuisés physiquement, les pieds gonflés et pleins de bleus. De plus ils continuaient d’être la proie de la panique dans l’idée d’être arrêtés et livrés aux nazis.

Étant donné leur état physique, ils furent hébergés à l’Hôtel Andria et, des semaines plus tard, les autorités espagnoles décidèrent de les conduire à Madrid. Ils abandonnèrent l’Espagne en direction à Lisbonne (Portugal). Le 1er septembre 1943 ils partirent, à bord du vapeur  “Lourenço Marqués”, vers la  Philadelphie (États-Unis) où ils arrivèrent le 4 octobre de cette année-là. Ils s’établirent plus tard à New York.

La família Theodor

La famille Theodor fut l’une de celles qui se logèrent à l’hôtel Andria de la Seu d’Urgell. Le 22 décembre 1942 se trouvaient dans l’établissement Paul Heinz Theodor, son épouse Nathalie et, leurs deux fils, Ralph et Peter. Paul Heinz Theodor, ingénieur de profession, était né le 27 mars 1903 à Königsberg, une importante ville portuaire, capitale de la Prusse Orientale qui, après la Seconde Guerre Mondiale deviendrait Kaliningrad.

Résidant à Bruxellle (Belgique), ils vécurent le croissant antisémitisme qui s’imposait dans le pays à  la veille du début de  la Seconde Guerre Mondiale. Après l’occupation allemande, en mai 1940, Paul Heinz fut transféré, en compagnie de centaines de juifs résidant en Belgique, au camp de concentration de  Saint Cyprien où il resta jusqu’en 1941. À la fin novembre 1942, la famille au complet arriva à la Seu d’Urgell en provenance d’Andorre. Le 2 décembre ils furent transférés à la prison aménagée du “Vieux Séminaire” de Lleida. Le père et le fils aîné, bien que ce dernier n’ait eu que 16 ans, furent transférés au camp de concentration de  Miranda de Ebro. Pendant ce temps,  Nathalie et son fils cadet furent emprisonnés à la Prison de las Ventas de Madrid. Libérés grâce aux démarches de l’American Joint Distribution Committee, ils attendirent que Ralph et Paul Heinz sortent de Miranda. La famille au complet s’en fut à Vigo où ils embarquèrent dans le vapeur “ Marqués de Comillas” en destination vers les États-Unis d’Amérique.

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